C'est en juillet dernier, sur la scène principale du festival Timitar (Agadir/Maroc), que les musiciens d’Oudaden ont commencé à célébrer devant plus de 100 000 invités leur premier quart de siècle. C’est d’ailleurs Brahim el Mazned, le directeur artistique de ce festival qui lie dans sa programmation stars imazighen et légendes vivantes des musiques du monde, qui a suggéré l’idée de cet enregistrement dans un studio européen.
Mieux qu’un Best of, car enregistré pour l’occasion, 25 ans est la première référence d’Aâkia, le tout jeune label du musicien, compositeur et directeur artistique Camel Zekri. Ce CD qui réunit 7 titres choisis parmi les 400 qu’on attribue à Oudaden depuis sa création au milieu des années 80, propose une immersion dans l’univers du groupe, immersion étayée par un livret d’une rare précision, à même de réjouir le spécialiste sans jamais effrayer le néophyte par un discours abscons.
Au fil de l’écoute, on renifle un terroir, un enracinement. On devine un répertoire d’appellation contrôlée comme disent les amateurs de bonne chair - celui des rwayes, ces poètes musiciens itinérants - que les musiciens et chanteurs d’Oudaden ont su moderniser sans en perdre le substrat. Aux cliquetis incessants des nakus et karkabous répond la cavalcade des mains sur les peaux tendues. Quant à la voix inspirée du soliste Abdellah el Foua, elle dessine des paysages, des humeurs que densifie le chœur, composant par contraste des reliefs, des recoins, au creux desquels peuvent cheminer par grappes ou à la queue-leu-leu les notes aigrelettes du banjo ou celles plus électriques de la guitare. Album studio, 25 ans arrive tout de même à transmettre le magnétisme envoutant de chacun de leurs concerts. Car au-delà du message, qu’il parle d’engagement politique ou qu’il évoque l’amour, le répertoire d’Oudaden est empreint de spiritualité, de cette force qui nous inscrit dans un avant et un après, en relation permanente avec le monde de l’indicible et des esprits.